Yoga classique, yoga de Patanjali

 

 

Les Yoga Sutra de Patanjali constituent la référence du Yoga classique. Ce texte dont urait été écrit entre le 4e siècle AEC et le 4e siècle EC, par une personne . C'est cette date du 4e siècle EC qu'il faut retenir selon les recherches les plus récentes. Les Yoga Sutra de Patanjali tentent de systématiser la philosophie du yoga comme un des six darçanas (points de vue classiques de l’Inde) en réalisant une synthèse des diverses théories d'alors sur la pratique intérieure pour donner naissance au yoga classique ou yoga de Patanjali. Les Yoga Sutra constituent un texte inspiré, un traité fédérateur devenu iconique. C’est un texte philosophique qui aborde très peu la pratique même si quinze siècles plus tard Vivekananda et Krishnamacharya lui ont donné une interprétation pratique.

 

Les Yoga Sutra de Patanjali prônent la vertu, l’ascétisme et le renoncement au monde, proposant un chemin ardu et élitiste vers la réalisation. Originellement ce chemin n’était pas accessible à tous: on disait qu’il était destiné à des êtres spirituellement prédisposés. Le yoga classique codifie par Patanjali est un yoga savant, spiritualiste, ascétique qui s’adresse à des moines, à des ascètes à des ermites, à des hommes retirés de la société.

 

Le mot sutra désigne le fil du collier suggérant que les 195 aphorismes du traité en seraient les perles. Ce traité est un texte écrit en sanscrit, une langue qui ouvre un large éventail de sens pour chaque mot. Les phrases sont courtes souvent sans verbe et nécessitent des commentaires pour être intelligibles. Chaque traduction, chaque commentaire des Yoga Sutra est donc une vision parmi d'autres, fruit d'une expérience personnelle du yoga et d'idées personnelles, ce qui permet à chacun d'articuler ses idées modernes à la lignée de transmission du yoga.

 

C'est au travers de Vivekananda (1883-1904)  qui donne aux Yoga Sutra une dimension pratique associée au Raja Yoga que les Yoga Sutra connaissent un succès international. Cette dimension pratique sera reprise par Krishnamacharya (1888-1989), le père du renouveau du yoga, qui va associer les Yoga Sutra au yoga postural moderne. A la fin du XXe siècle ses élèves comme Iyengar, Joïs, etc. (fondateurs des écoles de yoga contemporaines) accentuent la renommée de ce texte et les commentaires sur les Yoga Sutra se multiplient. Ce texte demeure une référence iconique sur l'esprit du yoga dans la plupart des écoles de yoga contemporaines.

 

La préoccupation première de la pensée indienne a de tout temps été la position de l'homme par rapport à l'univers et plus précisément la dualité de sa condition: d'une part l'asservissement aux conditions physiques, psychologiques, matérielles et sociales, et d'autre part l'aspiration violente à un dépassement de ces conditions. Ces deux aspects fondamentaux du problème humain qui ont orienté les recherches au cours des siècles se retrouvent dans les Yoga Sutra de Patanjali.

 

 

Les Yoga Sutra de Patanjali partent de l'analyse des conditions d'asservissement, pour aller jusqu'aux méthodes psychotechniques de déconditionnement. Les Yoga Sutra décrivent un cheminement de déconditionnement en trois étapes: détachement, cessation des activités du mental et contentement.

 

Les Yoga Sutra de Patanjali comportent quatre chapitres. Samâdhi Pada le premier chapitre commence avec une définition du yoga selon laquelle le yoga consiste à se déconditionner à se libérer des automatismes de comportement et de pensée pour atteindre le samâdhi un état d'enstase de bonheur, un état dans lequel on peut faire un avec la vie en acceptant sans souffrance que tout change et se modifie. Le terme enstase désigne une expérience de mystique naturelle qui s'oppose à celui d'extase expérience de mystique surnaturelle.

 

Ce chapitre mentionne des moyens pour y parvenir: la pratique, l'action juste, la foi, l'énergie, l'étude, la connaissance intuitive. Il traite aussi des obstacles: la maladie, l’abattement, le doute, le déséquilibre mental, la paresse, l’intempérance, l’erreur de jugement, l' échec, le fait de ne pas réaliser ce qu’on a projeté ou de changer trop souvent de projet.

 

Ce chapitre aborde ensuite différents stades du samâdhi. Dans le premier stade le samâdhi sanprajnata l'esprit ne se disperse plus, il est en harmonie avec l'objet sur lequel il se concentre, mais l'ego est toujours là qui pense et qui ressent.

 

Le deuxième stade est le samâdhi asamprajnata un état de pure conscience qui s'établit sans support mais qui n'est que passager car la mémoire et les traces du passé qu'elles fassent partie de son histoire de son inconscient propre ou de l'inconscient collectif, sont toujours là capables de déstabiliser la conscience.

 

Dans le troisième stade le nirbija samâdhi les pensées automatiques sont calmées et les imprégnations qui créent les forces de l'habitude sont supprimées. A ce stade le mental a découvert et lâché ce qui l'encombre; il ne fait plus obstacle entre la réalité et notre conscience profonde qui est la véritable source de perception.

  

Le second chapitre Sadhana Pada parle de la stratégie (sadhana) et des moyens pratiques pour permettre et favoriser ce processus de transformation.

 

Ce chapitre mentionne d'abord cinq causes de la souffrance humaine: l'aveuglement, le sentiment de l'ego, le désir de prendre, le refus d'accepter, l'attachement à la vie. Il explique qu' à la source de la souffrance se trouve la confusion entre ce qui perçoit en nous et ce qui est perçu.

 

C'est dans ce chapitre que sont exposées les techniques pour acquérir et développer la faculté de discrimination permettant de mettre fin à cet aveuglement, à cette confusion. Ce sont les fameux huit (ashta) anga (parties, étapes, composants membres) du yoga :

 

Les Yama consistent en cinq règles de vie concernant la relation aux autres, cinq commandements moraux pour faire cesser les fluctuations de la conscience pour calmer nos pensées "hystériques". Ces cinq règles sont les suivantes:

 

o Ahimsa la non-violence en tant que refus de faire violence au réel à ce qui est.

 

o Satya la vérité, l’authenticité.

 

o Asteya le fait de ne pas voler, le désintéressement: c'est refuser de s'approprier ce que l'on ne peut pas posséder, les idées d'autrui, les idées générales; c’est avoir la grâce de ne pas vouloir ce pour quoi nous ne sommes pas encore prêt.

 

o Brahmacharya la modération, le self control: il s'agit de canaliser notre énergie nos pulsions en les ramenant à ce que l’on est, à ce que l'on veut, en évitant de se dépenser inutilement en papillonnant

 

o Aparigraha le non attachement. C'est le détachement à l'égard de nos pensées, de nos émotions, qui nous conditionnent. C'est savoir les lâcher après les avoir acquises comme dans le mouvement de la respiration.

 

Les Niyama comprennent cinq règles de vie dans la relation à soi, cinq règles pour grandir :

 

o Schaucha la propreté, l’honnêteté: être clair dans ses pensées, ses sentiments et ses actes

 

o Santocha le contentement: être en paix avec ce que l'on vit sans désirer plus ou autre chose

 

o Tapas pratiquer avec ardeur, persévérance

 

o Svadhyaya apprendre à se connaitre et à agir

 

o Isvara Pranidhana lâcher prise, agir dans le mouvement de la vie. Accepter ses limites à un moment donné dans une situation donnée. Le lâcher-prise est une attitude intérieure d’ouverture à la vie et aux autres.

 

Asana désigne la pratique des postures et plus généralement la science des gestes du corps

 

Pranayama désigne la pratique de la respiration et de l'apnée

 

Pratyahara regroupe l'écoute intérieure et le retrait des sens : il s'agit de maitrise des sens, de détachement de l'esprit et de prise de distance avec les affects.

 

Dharana la concentration: c'est l'action de porter et de maintenir son attention de façon volontaire vers un espace déterminé

  

Dhyana la méditation c'est le maintien de l'attention pour résorber les fluctuations de l'esprit, en pleine conscience en pleine présence, de façon bienveillante, vers la sagesse éveillée et intuitive

 

Samâdhi désigne l'objectif du yoga, l'état d'unité, d'enstase: un état déconditionné libéré des automatismes de comportement et de pensée, un état où l'on peut faire un avec la vie en acceptant sans souffrance que tout change et se modifie

 

 

 

Vibhu signifie se manifester être capable. Vibuthi Pada le troisième chapitre des Yoga Sutra de Patanjali, décrit l'état heureux, les manifestations de puissance et d'énergie qui sont le résultat de l'action juste grâce à un mental déconditionné: les nouvelles aptitudes, les nouveaux états de conscience, les pouvoirs siddhi sont une conséquence naturelle de la pratique du yoga. Ces pouvoirs siddhi constituent une source d'attachement, un avoir qu'il faut savoir lâcher pour trouver le détâchement suprême qui conduit à la liberté. Le quatrième chapitre Kaïlava Pada s’achève sur la nécessité absolue de renoncer à ces pouvoirs. Seul cet ultime renoncement permet de connaitre Kaïlvalya la délivrance des vicissitudes de la condition humaine la suprême liberté.