Pratyahara:  retrait des sens

sources:  Mallinson, Singleton, Jean Varenne,  I.K.Taimni,  Wikipedia

 

Pratyahara désigne le retrait des sens. C'est une branche du yoga (anga) qui consiste à désengager les sens de leurs objets, à couper l'esprit de toutes les sollicitations extérieures. Ce désengagement est censé donner au yogi la maîtrise de ses sens, contribuer à apaiser son mental et à développer l'autonomie de sa conscience.

 

 

Origines

 

Le terme Pratyahara vient de ahara qui signifie « nourriture, ce que nous absorbons de l’extérieur » et de qui signifie « contre, éloigné ». Pratyahara veut donc littéralement dire acquisition de la maîtrise des forces externes ou contrôle des sens

 

Le retrait pratyahara est indiscociable du yoga. Il  tient un rôle important dans la plupart des yoga traditionnels.

 

Selon  les Upanisads  c'est en détachant les sens de leur objet qu'on peut les maîtriser.

 

Dans la Katha Upanisad la première définition écrite du yoga identifie le yoga lui même à la maîtrise des sens.

 

Pratyahara est comparé à une tortue repliant ses membres sous sa carapace, une façon de ne plus se laisser distraire par les impressions sensorielles externes pour diriger toute son attention vers l’intérieur.

 

Dans les Upanisads il apparaît que le retrait contribue à stabiliser le mental et à développer la conscience:  "...en se préoccupant des objets des perceptions, le mental est alimenté ce qui mène à l'illusion et à la souffrance.  En revanche si le carburant des perceptions est retenu alors de même que le feu s'éteint sans combustible,  le mental se trouve réabsorbé dans la conscience dans le soi."  "Une fois la dépendance à l’égard des objets des sens  abandonnée, l’esprit stabilisé dans le cœur obtient la nature du Soi ."

 

Patanjali reprend cette idée dans le Sutra II 54 « Quand le mental n'est plus identifié à son champ d'expérience, il y a comme une réorientation des sens vers le Soi ».

 

Dans  les systèmes de yoga à six branches, comme dans le yoga à huit branches de Patanjali,  le retrait pratyahara est souvent cité entre contrôle de la respiration pranayama et concentration dharana. Le retrait marquerait la transition entre les pratiques corporelles postures (asana) et controle de la respiration (pranayama) (ou les praitiques "externes" si l'on inclue les règles yama  et les observances niyama) de Patanjali  .

 

En éliminant du mental les impressions en changement perpétuel produites par le monde extérieur qui s'imposent par lesorganes des sens, les pratiquants de pratyahara s'écartent de leur besoin naturel de multiplicité pour réaliser l'unicité qui sous-tend tout.

 

Dans pratyahara en empêchant l'attention de vagabonder on développe ce que le tantrisme nomme le centre, le soi, la conscience (madhya). Le mental devient suspendu; c'est l’arrêt de l'agitation intérieure,  la vacuité du mental. L'énergie manifestation du principe symbolisé par Shakti, cesse "d'osciller". Il est amusant  de rapprocher cet d'arrêt des oscillations de l'énergie des modifications des oscillations électriques du cerveau enregistrées sur les pratiquants durant pratyahara, dharana et dhyana:  les ondes alpha caractéristiques de l'activité de méditation  et thêta de l'activité du subconscient augmentent au détriment des ondes bêta de l' activité extérieure  et delta du sommeil.

 

 

 

pratique

 

Pratyahara se pratique traditionnellement après l’apaisement des sens à l’aide d’asana et de pranayama, pour graduellement entrer dans le silence intérieur. Dans le yoga Ashtânga de Pattabi Jois, pratyahara se pratique en conjonction avec les asana  grâce à la direction du regard drishti et au son de la respiration ujjai.

 

Pratyahara se pratique par le retrait temporaire des perceptions d’origine externe.  Par exemple on se retire de la vision de ce qui nous entoure en fermant les yeux.

Les perceptions externes  sont celles qui proviennent de stimuli venus du monde environnant. Sons, odeurs, images, goût, sensations, alimentent sans cesse le mental d’informations essentielles pour la compréhension de notre environnement.  Ce processus est naturel et indispensable dans la vie courante. Cependant, si le flot d’informations est excessif, le mental réagit sans cesse aux nouveaux stimuli, il se disperse et entre dans un état d’agitation qui est énergivore et déstabilisant.  Dans la vie courante nos sens sont happés vers l’extérieur par tout ce qui les sollicite. 

Si le mental cesse d’être identifié à cette vie extérieure on devient libre de retrouver la dimension d’intériorité, le conscience, le soi. 

 

Pour pratiquer pratyahara, on détourne son attention de l'extérieur et on la dirige vers l’intérieur pour une écoute attentive sereine et bienveillante de ses perceptions internes. On reste en éveil, ouvert, attentif à toutes les perceptions intérieures corporelles ou mentales, agréables ou désagréables mais on ne démarre aucun processus de questionnement ni de réflexion sur ces perceptions. Cette écoute de l’espace intérieur est non réfléchie, non sélective, mais on peut la faciliter en orientant l'attention  vers tel ou telle perception:  vers le mouvement naturel associé à la respiration,  vers le passage de l'air dans les narines,  la diffusion de la chaleur dans le corps lors des expirations,  la sensation de lourdeur  et de détente du corps ou vers  la perception des images, des idées qui abordent notre mental. Cette écoute ne rejette rien pas même les perceptions désagréables de douleur, de tension. On n'évite pas les sensations désagréables mais on les ressent sans les laisser s’amplifier.  En cas de perception désagréable (douleur, tension) qui provoque l’agitation, on pratique des techniques de pranayama  telles que  des expirations prolongées durant lesquelles on accompagne mentalement  le souffle de l’expiration dans la douleur pour essayer de contenir ou peut-être même d' atténuer la douleur et en tous cas de se mettre en paix avec la douleur et de retrouver le calme physique et mental.  Quand on pratique pratyahara on laisse venir et on laisse passer ses émotions, ses sentiments, ses images sans être altéré par eux. C'est le lâcher prise.

 

Dans prathyahara on apprend à observer ses  perceptions avec l’œil d’un observateur extérieur non plus  avec celui d’un acteur: on devient le témoin (la conscience) des idées des images des sentiment qui nous traversent.  On les laisse passer: on les laisse venir et disparaître sans questions sans réflexions. On prend de la distances par rapport à eux. On ne s’identifie plus à eux. On en est le spectateur conscient et attentif.

 

Pratyahara contribue à apaiser le mental en diminuant  l'anxiété  en ne donnant pas prise à l' inquiétude à propos de l’avenir et de choses négatives qui pourraient  arriver.

 

En pratiquant pratyahara en dirigeant l'attention sur des sensations corporelles comme par exemple  la sensation de la respiration qui entre et sort par les narines,  on s'ancre fermement  dans l’instant présent:  ce qui tend à détourner de l'anxiété et  à apaiser le mental.

 

Avec prathyara on apprend le discernement entre les perceptions éphémères et la conscience de ces perceptions qui constitue la réalité du soi: on apprend le détachement de l’ego,  le détachement  de ce que  l’on croit important et qui n’est qu’illusoire, éphémère, déjà disparu ou seulement anticipé. De cette compréhension de l'impermanence naît la conscience du moment présent.  Du détachement naît la satisfaction de ce moment présent (santosha).   Pratyahara nous ramène dans l’instant et la satisfaction de cet instant.

 

La pratique de pratyahara est un moment précieux où le brouhaha du mental cessant, se révèle la vacuité de l'esprit propice à l’entrée dans la concentration dharana et dans la méditation dhyana .

 

Dans le contexte contemporain ou les stimuli externes se sont multipliés,  pratyahara est un outil fort utile dans la quête de la paix intérieure et de l'autonomie de conscience .