Yoga: des origines incertaines à une pratique de masse

Documenté depuis environ 2500 le  yoga  mêle son histoire à celle  de l'Inde  de ses religions et de ses mythes. Le yoga apparait dans les premiers textes des Upanishad puis dans les premières  littératures Boudhiques et Jainistes. 

C'est aux environs des Ve ou VIe siècle avant l’ère actuelle que les  chercheurs contemporains s'accordent en majorite pour identifier les premières charactérstiques du yoga dans le mouvement des shramana  ( ascètes renonçant de l Inde védique .

 

Le yoga s'est développé  dans  la société indienne où il a accompagné, parfois avec un rôle moteur, d'importants changements.  Il a aussi évolué au contact d'autres cultures et de valeurs symboliques différentes. Au grès de migrations, d'ouvertures de voies commerciales,  des colonisations puis de la mondialisation, d'une part il s'est modifié et enrichi et d'autre part il s'est  exporté. Depuis près d'un siècle il se développe de façon considérable dans le monde à partir de l'occident. Devenu une pratique de masse et un marché mondialisé le yoga participe  à la culture globale et  suscite  des débats  d'ordre politique religieux scientifique commercial et même légal.

 

D'un coté bien des adeptes, des enseignants et des acteurs économiques ou politiques du monde du yoga cherchent à prouver l'authenticité et l'efficacité  du yoga sur la base de son ancienneté et de son histoire anciennes, en lui attribuant des origines certes possibles mais  incertaines parfois fantasmées,  qui se perdent dans les mythes, les rituels préhistoriques et  les croyances originelles.  D'un autre coté le yoga est l'objet  depuis peu  d' études savantes  faisant appel à tout un spectre de disciplines depuis l'histoire, l’archeologie, la sémiologie, la sociologie jusqu à l'anatomie, la médecine, la psychologie et la philosophie. Ces études  font progresser l'histoire du yoga notamment la plus récente,  celle depuis environ le Ve siècle de notre ère. L' histoire plus ancienne du yoga  entre le Ve siècle avant notre ère et le Ve siècle de notre ère  comporte encore beaucoup d'imprécisions et de questions ouvertes qui suscitent des interprétations variées.  Il existe des origines possibles du yoga avant le Ve siècle mais elles restent incertaines et mystérieuses. Elles donnent lieu à diverses théories et à de nombreux  débats. 

 

Quand des millions de gens dans le monde dépensent des milliards chaque année sur le marché du yoga, l' enjeu n'est pas seulement de démêler les faits des légendes et des idées reçues  dans une histoire lointaine et mal documentée, mais de trouver du sens  à ce signifiant millénaire YOGA  ici et maintenant.  

 

Yoga :  repères chronologiques

Les origines possibles du yoga ( avant  ~ -500)

D'un coté bien des adeptes, des enseignants et des acteurs économiques ou politiques du monde du yoga cherchent à prouver l'authenticité et l'efficacité  du yoga contemporain sur la base de son ancienneté et de ses origines.  C'est ainsi que le  yoga moderne s'est doté d'origines  possibles mais  incertaines parfois légendaires ou même fantasmées,  qui se perdent dans les rituels préhistoriques et  les croyances originelles.  D'un autre coté le yoga est l'objet  depuis peu  d' études savantes  faisant appel à tout un spectre de disciplines depuis l'histoire, l’archéologie,  la sémiologie, la sociologie jusqu à l'anatomie, la médecine, la psychologie et la philosophie.

 

Ces études  font progresser l'histoire du yoga notamment la plus récente depuis le Ve siècle. Son histoire plus ancienne entre le Ve siècle avant notre ère et le Ve siècle comporte beaucoup d'imprécisions et de questions ouverte.  Mais les origines du yoga avant le Ve siècle avant notre ère restent mystérieuses. Elles  sont  à l'origine de diverses théories et donnent lieu  à de nombreux  débats dont l'enjeu n'est pas seulement de démêler la réalité historique,  des légendes et des idées reçues  dans une histoire lointaine et mal documentée mais d' identifier ce qui fait sens pour comprendre le yoga ici et maintenant.  Plusieurs hypothèses existent donc  sur les  origines du yoga.

 

Selon une  thèse que l'on retrouve chez beaucoup d'auteurs et que l'on enseigne dans plusieurs écoles de yoga contemporaines,  le yoga date de l'époque védique.

Les Védas sont la mise en écrit d'hymnes révélés  que les rishis  à la fois bardes, sages et ermites, se transmettaient auparavant par oral et entre eux seulement. Les dates des hymnes védiques transmis de façon orale  sont  imptossibles à déterminer précisément ( de 1500 à 4000 ans avant notre ère selon les auteurs ) alors que les  estimations pour les premières écritures des Védas  vont de 800 à 500 (3) avant l'ère actuelle.

On trouve dans les Védas  le tapas  une pratique devenue un des composants du yoga. Le tapas (littéralement échauffement, effort, ascèse)  consistait en épreuves que s'imposaient les brahmanes pour obtenir des pouvoirs surnaturels (1).

 

Des auteurs de plus en plus nombreux identifient un axe de développement  partiellement ou même quasi indépendant de l'axe védique, avec le tantra et les traditions shivaïtes  qui ont conduit au Hatha Yoga. L' origine de cette branche reste incertaine mais son existence est de plus en plus reconnue.

 

Pour certains le  tantrisme shivaïte remonterait à l'antique civilisation de l'Indus ou civilisation harappéenne.  Cette thèse se base sur la découverte dans la  cité harappéenne de Mohenjo Daho de sceaux et de statuettes  dont le sceau  de Pashupati  daté de 2300 à 2000 avant l'ère actuelle. Son découvreur a vu sur ce sceau un "Proto Shiva" assis en posture mulabandasana . On a aussi retrouvé à Mohenjo Daro des statuettes en position assise  pouvant évoquer les postures assises: dandasana la cane, padmasana le lotus  et sidhasana  la position parfaite . Les fouilles continuent mais n'ont pas apporté d'éléments nouveaux pour  confirmer cette   théorie.  Cette thèse du Proto Shiva est de plus en plus contestée  par les études  récentes. Il faudra attendre 2000 ans après Pashupati mulabandhasana  avant de voir d'autres représentations de Shiva et plus de 3000 ans pour voir les mentions ou les dscriptions de postures autres que des postures assises pour la meditation

 

Enfin plusieurs auteurs identifient un lien entre yoga et chamanisme. Cette thèse est tout a fait plausible. Le chamanisme et le yoga ont de fait en commun un objectif fondamental celui d'améliorer la condition humaine. Un autre lien peut être établi entre chamanisme et yoga au vu des pouvoirs magiques du yogi  semblables à ceux du chamane comme par exemple la possibilité de marcher sur le feu.  Cet aspect chamanique dans le yoga serait du à l'influence de cultures mitoyennes de celles de l'Inde, en particulier à celle de l'Assam terre d' élection du Tantra , où se côtoient Indiens de langue indo-arya et Indiens de langue tibéto-birmane  de culture chamanique.  Le livre tibétain des morts (Bardo Thödol )  décrit la pratique du chamanisme tibétain antérieurement au développement visible du yoga au IVe Ve siècle avant notre ère. (X). Les origines du chamanisme sont très anciennes mais restent  mystérieuses. On retrouve des traces de chamanisme partout dans le monde sans qu'on ait pu établir de liens  objectifs, comme des migrations, entre elles: Sibérie, Asie centrale, Mongolie, Corée du Sud, Amériques, Australie, Afrique, Corse et surtout Arctique.

 

Civilisation de l'Indus  ou civilisation harappéenne

Les débuts de la civilisation de l Indus ou civilisation harappéenne dateraient de  8000 avant notre ère avec une phase pré-harappéenne" ( de 9000 à 8000 ) allant de simples villages à de véritables villes organisées.

 

Cette civilisation   harappéenne  s'est développée  sur les bords des fleuves et  des rivières  dans une zone située au Pakistan et en Inde.  Les  deux  grandes villes de  Mohenjo Daro (sur l'Indus) et d' Harappa (sur le Ravi)  furent découvertes puis fouillées par des archéologues à partir de 1920.  Les fouilles ne sont pas terminées. Plus de deux mille sites de ce type ont été identifiés en Inde et au Pakistan.

Leur apogée  est située entre 2600 et 1900 avant notre ère pendant la phase dite d'urbanisation. On estime à  quarante mille habitants la population de la  ville de Mohenjo Daro.  La période entre 1900 et 1300  a vu le déclin et la disparition de ces grandes villes pour une période de cultures pastorales et agraires  qui évolua vers une seconde urbanisation dans la vallée du Gange  dans les années 600 à 200 avant notre ère.

 

 Les sceaux trouvés dans les fouilles montrent des scènes de chasse, des cultes et des sacrifices, des animaux, des êtres en posture de lotus,  des cornidés, des dieux, des déesses et des figurines de femmes qui font penser aux Divinités-Mères. Le  sceau de Pashupati  découvert a MohenjoDaros daté de 2300 à 2000 avant l'ère actuelle a été interprété par son découvreur comme un  "Proto Shiva"  assis les jambes croisées en posture de lotus. On a aussi retrouvé à MohenjoDaros des statuettes en position assise pouvant  évoquer les postures dandasana, padmasana et sidhasana.

 

Ces représentations et ces symboles familiers au véda, suggèrent fortement une culture ancêtre à la du védisme  et d'éventuelles traditions shivaïtes de cette même période.  Les plus anciens textes védiques mentionnent  la  rivière Sarasvatî  et décrivent un monde quasi-idyllique qui vivait sur ses rives, l'inscrivant bien dans leur tradition. Le commentaire des Védas satapathabrahmana mentionne des évènements astronomiques datant de 2100 avant notre ère ainsi que l'assèchement  de la rivière Sarasvati qui serait intervenu vers 2000 ou 1900 avant notre ère.

 

Cette civilisation harappéenne aurait été très évoluée en matière d'urbanisation, de navigation et de systèmes de distribution des eaux. Elle possédait une écriture qui n'est pas déchiffrée.  On  y  cultivait déjà diverses céréales: riz,  blé  millet. L'organisation sociale et politique de ces cités n'est pas élucidée. Les fouilles archéologiques montrent  l'absence de palais, de temples et de  traces d'activités militaires. 

 

Cette civilisation de l' Indus se serait effondrée à la suite de changement  climatiques et géologiques . L' hypothèse la plus souvent reconnue est celle de la raréfaction des moussons  dans cette région.  Des fouilles indiqueraient que la civilisation aurait tenté de s’adapter en changeant de variétés de céréales et de système de stockage, mais que finalement ces changements climatiques auraient conduit à l’abandon du système urbain. Parmi ces changements on mentionne aussi  la sécheresse, le détournement et à l’assèchement de certaines rivières, affluents de l’Indus. D'autres articles mentionnent outre le changement climatique,  de violentes épidémies, sur la base de découvertes de  traces de trauma crâniens,  de lèpre, et de tuberculose. 

 

La spiritualité aurait tenu une place importante dans la civilisation harappéenne et aurait gagné les campagnes durant le déclin  des grandes cités  harappéenne avec  la phase de régionalisation qui suivit.

 

Veda, époque védique

 

Les Veda

 

Les Védas sont la mise en écrit d'hymnes révélés  que les rishis  à la fois bardes, sages et ermites, se transmettaient auparavant par oral et entre eux seulement. Les dates de composition des hymnes védiques transmis de façon orale  sont  impossibles à déterminer précisément: de 500 à 4000 ans avant l' ère actuelle selon les auteurs,  le plus souvent de 1200 à 1500 avant l'ère actuelle.  Le premier texte écrit est celui  du Rig -Veda : il est en sanskrit védique une forme archaïque du sanskrit. Il aurait été composé au XVe siècle avant l'ère actuelle et les écritures remonteraient au Ve siècle .

 

Veda vient de vid un mot hérité du vieil-indien, qui peut se traduire par vision  ou  connaissance.  Les védas sont des textes révélés aux sages indiens les rishis . D'abord introduits sous forme d'hymnes transmis oralement les védas   se sont transmis oralement à l'abri du regard des non initiés pendant une période indéterminée et quasiment impossible a évaluer. Leur origine et leur date de création ne sont pas déterminées. 

 

Les quatre véda  sont quatre recueils de textes canoniques orthodoxes hindous: un recueil de stances forme le Rig Véda, un recueil de chants rituels le Sama-Veda, une collection de formules sacrificielles le Yajur-Veda;  et  un recueil composé d'incantations, de chants, de charmes magiques l' Atharvaveda .

 

Le Veda consiste en trois kandas ou hymnes, à savoir : Karma kanda : hymnes ayant pour sujet les rituels et autres actes, Upasana kanda : hymnes de dévotion, et Jnana kanda : hymnes de sagesse.

 

Le plus important des Vedas est le Rig Veda. Il contient des hymnes à la vie, au corps et à la terre. Le Satapatha Brahmana qui est considéré comme le commentaires  sur les Veda le plus important parle des sacrifices rituels, du symbolisme et de la mythologie védiques.

 

La composition des  premiers veda pourrait dater du VIIIe siècle ou même  du XVe siècle avant notre ère  mais  les mythes décrits dans les Veda mentionnent des évènements plus anciens en particulier des évènements astronomiques pouvant dater du IVe millénaire avant l'ère actuelle. Le commentaire satapatha brahmana mentionne aussi des évènements astronomiques datant de 2100 ainsi que l'assèchement  de la rivière Sarasvati qui serait intervenu vers 2000 à 1900  avant l'ère actuelle.

 

Le qualificatif védique est souvent utilisé aujourd’hui de manière plus large pour désigner l'âge des  rituels plus anciens  (antérieurs à - 500 avant l'ère actuelle ).  Les diverses philosophies Indiennes  ont pris des positions différentes sur les veda. Les traditions qui reconnaissent l'autorité des védas sont répertoriées comme orthodoxes ( astika ).  D' autres traditions  telles que les traditions Lokayata,  Carvaka,  Ajivika,  Bouddhiste ou Jaïniste qui ne reconnaissent pas l'autorité des veda sont considérées  " non-orthodoxes " ( nastika ) .

 

Le terme védique  est aussi utilisé  pour designer des traités postérieurs aux quatre Védas.  Les écoles du vedenta incorporent dans les veda   les brahmanas (à partir de 600  AEC) les Aranyaka et les Upanisad (entre 800? 600? et 200 AEC), les aphorismes Dharmasutra (entre 600 et 200 AEC) et les traités Dharmasastra  (entre 500 et 300 AEC) ainsi que les épopées Mahabharata et Ramayana (entre 200 et 100 AEC). Une autre tradition, le vishnouime, inclut aussi la Bhagavad-gita (IIIe siècle AEC).  Les Saintes Écritures en tamoul sont aussi désignées par le mot veda. Les "sciences védiques" contemporaines vont jusqu’à inclure dans ce terme védique les traités plus tardifs comme les vedanta, ou les traités de l’époque classique comme le VaisesikaSutra ou le Samkhya Karika, ces traités se situant dans la lignée orthodoxe astika "qui reconnait  l’autorité des Vedas". 

 

 Le veda  consiste en trois kanda ou hymnes, à savoir : karma kanda : hymnes ayant pour sujet les rituels et autres actes, upasana kanda : hymnes de dévotion, et jnana kanda : hymnes de sagesse.

 

Le plus important des veda  est le rig veda. Il contient des hymnes à la vie, au corps et à la terre. Le satapatha bahmana qui est considéré comme le commentaires (brahmana) sur les veda le plus important parle des sacrifices rituels, du symbolisme et de la mythologie védiques.

 

Sous l'égide des brahmanes le  védisme a évolué avec le temps passant peu à peu du ritualisme à la spéculation cosmogonique. Le passage du védisme au brahmanisme commence avec la rédaction des brahmanas (à partir de 600 AEC) spéculations rituelles en prose. Et la transition du brahmanisme à l'hindouisme s'accompagne de la rédaction des Aranyaka puis des Upanishad  ( a partir de 500  AEC)

 

L' époque védique

 

C'est à l'époque védique que la société indienne s'organise en quatre grandes classes: les brahmanes (prêtres), les kshatriya (guerriers), les vaishya (paysans) et les shudra (serfs). Les varnas qui désignent ces quatre grandes classes fonctionnelles apparaissent déjà comme les quatre grandes parties de Purusha ( l'être, l'esprit divin, le macrocosme ) dans les Védas. Les brahmanes étudient et enseignent la science sacrée et procèdent aux sacrifices. Les kshatriya protègent le peuple avec leurs armes. Les vaishia s'occupent des élevages,  des cultures et de la production des biens matériels en général. Le rôle, les droits et les devoirs des quatre grandes classes seront repris  et règlementés dans le Manusmriti à partir du IIe siècle  de l'ère actuelle.

 

La religion védique est une religion sociale et non individuelle. Par l'exercice du rituel védique, les officiants brahmanes renforcent le pouvoir du roi, le raja, et assurent ainsi la prospérité du peuple. Les rites sont réservées aux trois premières classes (prêtres, guerriers, paysans) après un rituel d' initiation nommé Upanayana: à l’âge de sept ans, le jeune garçon, élevé jusque-là par les femmes dans le gynécée, reçoit l’initiation (upanayana) et doit ensuite commencer à apprendre ses devoirs religieux. Un maître lui enseigne des rites en lui faisant répéter des formules, tout en relatant les mythes qui les expliquent. Celui qui a passé ce rituel est dit deux fois né:   le rituel marque  sa deuxième naissance d'ordre spirituel. Il doit alors s'engager dans les activités propres à sa classe.  À dix-sept ans, alors qu’il maîtrise le savoir religieux (Veda), il se marie. Les filles ne sont pas exclues de l’initiation, du moins dans la plus haute antiquité. Comme les hommes, elle recevaient l'enseignement spirituel.

 

Le  Tapas

 

On trouve dans les Védas  le tapas  que beaucoup  d' auteurs considèrent comme une pratique devenue un des composants du yoga.  Tapas est le mot sanskrit signifiant brûler, chaleur, effort qui a donné le latin tepidus et le français tiède. 

 

Selon Jan Gonda,  " l' « ascèse », la brûlure intérieure créatrice (tapas), est à très haute époque l'une des méthodes habituelles des brahmanes pour s'élever au-dessus des conditions et capacités humaines normales et atteindre les buts poursuivis d'autre part par le rite. On espérait obtenir ainsi la révélation d'une sagesse secrète et le contact avec les dieux."

 

 Selon Jean Herbert : Par tapas, terme dont on a donné beaucoup de définitions différentes et souvent fantaisistes, les hindous entendent un effort intense et continu, combiné avec diverses austérités, et que l’on considère comme nécessaire pour atteindre le but qu’on s’est assigné. Littéralement, tapas signifie brûler. C’est une sorte de pénitence destinée à échauffer la nature supérieure. Cela prend parfois la forme d’un vœu qui va du lever au coucher du soleil, tel que répéter le mot "Aum" toute la journée sans s’arrêter. Ces actions produisent une certaine puissance que l’on peut convertir en toute forme que l’on désire, spirituelle ou matérielle. Cette notion de tapas a imprégné toute la religion hindoue. Les hindous disent que même Dieu a fait tapas pour créer le monde.

 

Le tapas avait pour but la puissance car les brahmanes voulaient accroître leur pouvoir et le hisser au niveau ou au dessus de celui des dieux.  Le tapas se retrouvera plus tard  dans les nyama deuxième composant du yoga selon les Sutras de Patanjali, sous la traduction moderne d' effort, de "pratique avec ardeur" et dans le Hatha Yoga qui veut que l'échauffement du corps réveille l'énergie potentielle de l'individu la kundalini .

Première phase de développements du yoga  ( de ~ -500 à ~500 )

Le mot sanskrit योग ( yoga ) est apparu par écrit probablement  800 ans avant notre ère dans le Rig Veda  ainsi que dans le Satapatha Brahmana  vers 600 avant notre ère. Selon la plupart des Indianistes le mot yoga avait là un sens différent  de la discipline des  philosophies et des pratiques qu'il désignera ensuite.

 

C 'est au cours de la Seconde Urbanisation  entre environ le VIe  ans et le IIIe siècle avant notre ère qu' apparaissent    quelques unes des composantes  du yoga dans la  Katha Upanishad ainsi qu' avec les mouvements de  "renonciateurs" les shramana.

 

La Katha Upanishad décrit pour la première fois le yoga  en tant que discipline psycho-corporelle. Dans ce texte apparaissent des traits fondamentaux du yoga:  le contrôle des sens, le contrôle de l'attention et la maitrise du corps.

 

Les mouvements de shramana  bouleversent les traditions et les religions de l' Inde avec la création du Jaïnisme  du Boudhisme  ainsi que la transformation et la diversification du brahmanisme avec le Shivaisme  puis le tantrisme ainsi que le Vishnouisme puis l'Indouisme moderne.  Toutes  ces mouvements sont associés a l’émergence et au développement de formes de yoga de tantra et de méditation. Les mouvements des shramana  introduisent les concepts fondamentaux du yoga que sont l'unité corps-esprit ainsi que l'objectif d'émancipation.  D'un point de vu pratique les shramanas introduisent deux composants du yoga: la concentration et la méditation. 

 

Katha Upanishad

Upanishads ( 500 à 200 AEC)

 

La création des Upanishads (terme qui signifie littéralement être assis auprès du maitre  marque le début du développement du yoga. Dans ces textes apparaissent des d’expériences d’immobilité méditative ou d’attention portée au mouvement du souffle. 

 

Les Upanisads (500 à 200 AEC) sont la portion philosophique des Véda : leur thème est l'enseignement de la vérité ultime et des moyens pour l'atteindre. Ils sont destinés à des étudiants déjà contemplatifs qui se consacrent à la quête spirituelle. C'est là que se trouve la pensée non dualiste de l'Inde ancienne.

 

On considère qu'il y a 108 Upanisads, dont une douzaine sont considérées comme majeures car elles ont été commentées par les grands maîtres de la tradition indienne (Shankara, Madhva, Ramanuja....).

 

Leur thème est la vérité suprême  le brahman ainsi que la voie pour atteindre la connaissance de cette vérité.  Ces textes relèvent du domaine de la métaphysique, ils traitent de principes universels, du niveau absolu de l'existence,

Composés en sanskrit, les Upanisads  adoptent un langage à la fois logique, poétique, mystique, suggestif, paradoxal et ésotérique. Les Upanisads sont des révélations: des sages ont eu dans leurs méditations la "révélation" de vérités universelles. Les auteurs des Upanisads étaient des rishis (littéralement les sages voyants).  Les rishis vivaient  retirés au cœur de forêts ou au bord du Gange, dans une liberté absolue, détachés de la vie du monde.  Les détails de leurs  découvertes n'étaient pas livrés à tous ; ils n'étaient donnés qu'à ceux dont le mental était jugé prêt,  à ceux qui étaient venus vers eux poussés par la soif de connaissance. Les Upanisads ont été ainsi transmises par la chaîne ininterrompue des maîtres et des disciples.  Pour les rishis  c'est un long processus de pratique, de contrôle et de discipline qui amène l'esprit à s'élever jusqu'à appréhender les vérités les plus subtiles.

 

Katha Upanishad

 

La Katha Upanishad décrit pour la première fois le yoga  en tant que discipline psycho-corporelle. Dans ce texte apparaissent des traits fondamentaux du yoga:  le contrôle des sens, le contrôle de l'attention et la maitrise du corps.

Elle  donne du yoga une définition : "lorsque les sens sont apaisés, l'esprit au repos, l'intelligence sans agitation, le stade le plus élevé est atteint. Ce ferme contrôle des sens et de l'esprit est défini comme le yoga"

 

 

Les shramana

Le mot sanskrit sramana  ou shramana est dérivé de la racine verbale sram qui signifie exercer un  effort, faire un travail.  Un sramana est une personne qui est actif qui s'efforce dans un but religieux d’élévation, de recherche de verité. C'est un ascète qui pratique des actes d'austerité, un renonciateur qui se met hors de la société. Une des occurrences les plus anciennes de ce terme se trouve dans le Taittiriya  Aranyaka  ( Ve, VIe ou VIIe  siècle avant notre ère ).  Le mot toungouse chaman en dériverait (source Wikipedia). Dans la litterature védique ancienne le terme est utilisée comme adjectif épithète de rishi un  sage voyant pour indiquer qu il est actif qu’il s'efforce. 

 

Certains auteurs  identifient des précurseurs des shramana dans les sages aux longs cheveux dont le Rig Veda décrit  les pratiques chamaniques des "sages aux longs cheveux associées au dieu Rudra qui  deviendra plus tard Shiva le dieu des ascètes et des yogi".  ( ref Samuel p158)

 

 

Durant l'ère de la Seconde Urbanisation de l'Inde (environ entre 600 et 200 avant notre ère),  dans un contexte de croissance des villes et d'apparition des premiers états, avec la montée du pouvoir des brahmanes dans la société, avec l'apparition de monnaies, avec le développement économique et commercial, se développent plusieurs mouvements de "renonçants" les shramana.

 

A la fois ermites et ascètes  les shramana  s'excluaient de la société et de ses règles  et s'engageaient dans un travail de recherche de connaissance de maîtrise et  d'absolu.  Les shramana  sont essentiellement des jeunes gens partis hors de la société pour s'isoler, errer dans la forêts, accomplir des actes de mortification et d'austérité dans le but d'échapper à  la domination des brahmanes,  à la souffrance humaine et au cycle de réincarnations. Les shramana contestent  le  système des castes et des sacrifices sanglants du brahmanisme.

 

Vers le IVe ou Ve avant notre ère ces mouvements de renonciateurs shramana  bouleversent les traditions et les religions de l'Inde. Ils créent de nouvelles religions hors de la tradition védique: le Jaïnisme, le Boudhisme et  la  religion Ajivikas ( aujourd’hui disparue sans laisser de textes ). Le Buddha  Siddharta Gautama  par exemple était considéré comme un shramana. D'autres shramana mènent la transformation et la diversification du brahmanisme védique vers différentes formes d'Indouisme avec le culte de Vishnu et surtout celui de Shiva le dieu des ascètes et des yogi. 

 

Toutes  ces religions ces philosophies sont elles aussi associées au yoga au tantra et à la méditation.  L' enseignement du Bouddha souligne l'importance de la méditation et la pratique des postures physiques spéciales. Bouddha aurait pratiqué le yoga avec les maitres Arada Kalama et Udraka Ramaputra.   Le Bouddhisme a été influencé peut être même initié par le yoga et en même temps il a aidé à son développement.. 

 

C'est dans ces nouvelles traditions que se développent des concepts et des pratiques caractéristiques du yoga et du tantra telles que l'unité corps-esprit, l’objectif de libération des souffrances,  la concentration, la méditation. L'idéal initial de l'errance des shramana a commencé à changer très tôt marquant le passage des ermites aux moines. Ce changement a commencé dans le bouddhisme, lorsque les bhiksu se sont mis à vivre dans des monastères, au départ des refuges saisonniers pour la saison des pluies, puis des résidences permanentes. Dans le Jaïnisme médiéval, la tradition d'errance disparut tôt également, mais fut ravivée au XIXe siècle.

 

Ces mouvements de shramana  ont une influence et un impact considérable :   ils développent les pratiques de yoga   et aussi les concepts  de samsara ( cycles de réincarnations )  et de moksha  ( libération de ces cycles) qui vont être adoptés dans les traditions indiennes dans les diverses religions. Les mouvements shramaniques sont très variés: ils vont de mouvements anti-brahmaniques à des mouvements incorporés au brahmanisme qu'il font évoluer radicalement.

 

Leurs croyances sont aussi très variées. Certains acceptent d' autres refusent  le concept d'âme.  Les principes vont du fatalisme au libre arbitre,  d'un ascétisme extrême à la vie de famille, du port de vêtements  à la nudité totale dans la vie courante , de la non violence stricte avec régime végétarien à l' acceptation de la violence et la consommation de viande. 

 

 

Les srhamana apparaissent assez tôt dans la littérature occidentale bien que sous une forme imprécise. Envoyé en tant qu'ambassadeur auprès du roi Chandragupta Maurya au IVe siècle  par Séleucos 1er ( général d'Alexandre le Grand, satrape de Babylonie puis roi de Syrie de -305 à -280), Mégasthène a vécu 10 ans en Inde et a écrit son Indika, dans lequel sont mentionnés les "sarmanès". Il est le premier à les différencier des brâhmanes au sein de la catégorie des "gymnosophistes". 

 

Ramayana et le Mahabharata, (- 500 à -100)

Les deux grandes épopées, le Ramayana et le Mahabharata, sont des sources  importantes sur différents types de yoga pratiqués pendant cette époque. 

 

La Bhagavadgita  (un chapitre du Mahabharata 300 avant notre ère)  est entièrement consacrée au yoga et  indique   que le yoga est une pratique bien antérieure.

 

La Bhagavadgita  donne une définition du yoga , aux accents  "classiques",   par la parole de Sri Krishna: " le yoga est la voie qui mène à la délivrance de la souffrance, de la peine et de la mort: mais pour atteindre cet état ultime l'homme doit se détacher de l'objet des sens abandonner les œuvres et renoncer dans son mental à toute volonté de désir. C'est seulement au pris d'un tel effort que le soi ahamkara est maîtrisé."

 

La Bhagavadgita  parle du Jnana Yoga (yoga de la  connaissance), du Bhakti Yoga (yoga de la dévotion) et du Karma Yoga (yoga de l'action

 

Dans le Bhakti-Yoga l'état d' unité est approché par l'amour et la dévotion envers Dieu. Ce yoga prône aussi respect et attention pour toutes les créatures vivantes et l’ensemble de la nature.  A l'opposé des principes de non dualité et de laïcité du yoga moderne, le bhakti yoga est une philosophie "dualiste"  et une religion  parlant de Dieu, même si chaque yogi est libre de choisir sa divinité. Le yogi ne cherche nullement à se fondre dans la conscience de l’unité, mais à jouir intensément de la présence de Dieu. Le Bhakti yogi ne va donc pas chercher à détruire son égoïsme psychologique, son sens de l’individuation, il va essayer de transformer son ego. Il ne va pas chercher à écraser en lui tout attachement, il va s’efforcer de transférer ses affections à sa divinité d’élection.

 

Dans le Karma-Yoga l'état d'unité est approché par l'action. Le terme karma signifie “faire, agir”. Toute action mentale ou physique est appelée karma. Karma est également le terme qui désigne la conséquence d’un acte.  A l'opposé du principe général de libération des lois de cause à effet, le Karma Yoga fait référence à cette loi universelle de cause à effet. Ainsi, les événements qui se produiront dans notre futur n’arriveraient pas  par coïncidence mais seraient les effets de nos actions passées et présentes. Notre destinée serait donc le fruit de notre karma. Dans la pratique avec la pensée positive, la sagesse et le service désintéressé, nous pourrions diminuer et atténuer les répercussions de notre karma et orienter progressivement notre destinée vers le positif.

 

Dans le  Jnana-Yoga  c'est par la connaissance que l'on atteint l'état d'unité. Le yoga de la connaissance nous mène à la libération parce que l’ on devient libre de ce que l’ on connaît. C’ est toujours l'inconnu qui nous limite, nous apeure et nous in-sécurise. Mais pour le Jnana-Yoga,  la connaissance n'est pas que connaissance intellectuelle.  Elle a une dimension religieuse mystique puisque la connaissance c'est la réalisation directe de son unicité en unité avec "l'Être Suprême".

 

Au cours de cette période pré-classique, le mysticisme a décliné et a ouvert une ère de pensée plus philosophique. Cette évolution a été mise en relation par Mahele avec l'évolution du "mental humain".  Selon lui,  la plupart des hommes auraient perdu leur "mental stabilisé" de l'état de nature,  puis leur "capacité à se concentrer" de l'état de shramanas,  pour vivre  en société "civilisée" avec un mental distrait (vikshipta citta).

Les six darsanas , six points de vue philosophiques  de l'Inde classique orthodoxe "astika"

Darsana signifie vue, vision, aspect, point de vue doctrinal, école de pensée, système philosophique, doctrine de salut.  Ainsi une darsana désigne une école philosophico-religieuse. Dans l’histoire Indienne, on compte six  darsanas six points de vue doctrinaux orthodoxes  qui constituent le système philosophique astika  système  qui reconnaît l'autorité des védas,  bien que cette reconnaissance soit très relative pour certains de ces points de vue.

 

La Mimansa est le point de vue théologique et herméneutique de la réflexion, dont la méthode est l'étude et la recherche dans les écritures sacrées et de la révélation. Son nom signifie « recherche », « exégèse ». Ce point de vue ou école de Jaimini se base sur le Mimamsa Sutra composé entre -300 à -100  AEC.   C’est un système dualiste fondé sur les notions de bien et de mal. Il s’appuie sur les textes et les rites d’invocations et d’apaisements des Dieux  notamment les  rituels fondateurs des cultes sacrificiels védiques.

 

Le NyaYa est un point de vue logique, dont la méthode est la dialectique. Nyâya est la sixième et dernière école orthodoxe  fondée par le brahmane Akshapāda Gautama.  Son exposé le plus ancien est constitué par le Nyaya-sûtra de Gautama (Ier siècle EC ), qui systématise la logique indienne qui avait été élaboré jusqu'alors. Le nyâya rencontra alors une nouvelle phase, dite navya-nyâya, c'est-à-dire nouveau nyâya, avec Gangesa , auteur du célèbre ouvrage intitulé Tattva-cintâmani, le «Joyau parfait de la vérité» (1200 EC)

 

Le Vaiśesika est le point de vue de la distinction, de la particularité ou du discriminatif (vishesha), grâce auquel le monde peut être analysé. Le Vaisesika est un point de vue  matérialiste, dont la méthode est l'expérience des sens. Ce point de vue se base sur le Vaiśessika-Sutra attribué au rishi  Kaṇāda . Ce sytème présente une vue physique de l’univers basé sur l’insécabilité de l’atome. Philosophie dépassée de nos jours par les nouveaux concepts scientifiques de la matière de l'énergie mais qui était toutefois en accord avec les sciences physiques pré Einsteiniennes.

 

Le Samkhya est le point de vue  cosmologique, dont la méthode est la spéculation intellectuelle. Celui-ci se base sur la doctrine du rishi Kapila.  Ce système diffère du Védanta en ce qu’il est dualiste.  Il voit une séparation entre la matière Prakriti  et le Purusha  l’esprit. La nature est la manifestation de l’interaction de ces deux principes. Il s'agit d'un système dualiste opposant la nature (prakṛti) à l'esprit (puruṣa). La première est tenue pour un principe féminin, une déesse, dont l'union avec le principe mâle, le dieu-esprit, assure l'existence du monde (au sens de totalité des phénomènes). Dès que cette union est réalisée, Prakṛiti déploie l'infinie complexité des manifestations de sa puissance créatrice : le texte de base de ce darśana dit qu'elle « danse », cependant que le Puruṣa l'observe, impassible. On reconnaît là les thèmes majeurs du tantrisme, tels notamment qu'ils s'expriment dans le Yoga, où l'éveil et la montée de la Kuṇḍalinī (puissance féminine résidant à l'intime de chaque être) ainsi que son union avec l'ātmanpuruṣa déterminent le salut de l'adepte.

 

Le Vedanta est un point de vue métaphysique, dont la méthode est la spéculation abstraite. C’est le sytème de l' Advaïta Védanta, système non dualiste, un des sytèmes philosophique les plus importants de l'Inde. Ici tout est brahman (conscience, esprit, dieu) non manifesté et tout ce qui semble exister n’est que la projection de ce Brahman absolu.   Etonnamment ce point de vue est en accord avec des théories récentes de physique quantique.

 

Signifiant proprement  fin (accomplissement) du Véda, le mot sanskrit vedanta désigne l'un des plus importants courants de pensée de l'hindouisme classique, l'un des six grands darsana  systèmes philosophiques védiques. Il fut illustré par des maîtres tels que Sankara, Ramanuja, Madhava. Voué à la métaphysique, le vedanta emprunte les thèmes directeurs de sa problématique aux upanisad, à commencer par la célèbre équation entre atman et brahman:  l'âme individuelle atman est identique à l'âme universelle brahman. Le soi n'est pas différent de l'Absolu. Ce darsana a produit ses œuvres majeures entre le Ve et le XIe siécle EC et gagna, progressivement, un tel prestige qu'il en est venu à éliminer tous ses rivaux, au point d'apparaître comme l'expression privilégiée de l'orthodoxie védique. Les grands réformateurs de l'hindouisme contemporain se recommandent presque tous du vedanta, qu'ils combinent le plus souvent avec la forme de yoga qu'ils recommandent.

 

Le vedanta définit la nature de l'existence enseignant que le soi atman est de même nature que le brahman, la réalité ultime indifférenciée. La vision de cette réalité est obscurcie en l'homme par une connaissance erronée (vikalpa)  de lui-même et du monde, qui l'empêchent de vivre la plénitude de l'unité. Dans les Upanishads, la conscience pure, nommée brahman ( le soi universel ), est présentée comme le substrat de l'univers, à partir duquel apparaissent le monde (l'univers, la nature, l'espace temps) et aussi la conscience individualisée (ahamkara). Mais toutes ces formes, selon le vedanta, ne sont que des apparences illusoires, parce que seule la Conscience  le Brahman existe en réalité.

 

Le monde tout entier n'est pas ce qu'il semble être : il n'a pas d'existence indépendante, il est la manifestation d'une réalité ultime, il est une simple apparence, et il surgit par le jeu de maya, le pouvoir créateur inhérent au brahman.

 

Advaïta veut dire littéralement «pas deux, non duel». Pour l'Advaïta Vedânta (Adi Shankara 800 CE), l'univers est une unique entité, une totalité interconnectée. Les distinctions entre objets résultent de l'ignorance de la vraie nature de la réalité, semblable au brahman, qui transcende le temps et l'espace. Dans cet état d'ignorance, l'individu est prisonnier des illusions du monde et n'échappe pas aux réincarnations successives, fruit de son karma.  Cette doctrine du monisme est à l'origine du concept de la non-dualité telle qu'elle s'est répandue à travers le monde et essentiellement en Occident. On dit de Shankara qu'il a influencé énormément de penseurs indiens comme Sri Aurobindo, Tagore, Osho, Ramana Maharshi ainsi  que les  scientifiques  du XXie comme Schrödinger et "l'école de Copenhague". 

 

On peut résumer cette voie de la connaissance absolue enseignée dans les Upanishads par ces trois déclarations :

"seul le brahman est réel" (brahma satyam); "le monde est illusoire" (jagan mithyâ); l'individu n'est pas différent de brahman (jîvo brahmaiva nâparah).

 

Le Vedânta a associé à son développement ultérieur d'autres éléments philosophiques empruntés à une autre darsana, le Samkhya, qui définit par exemple trois "qualités" (les guna) présidant à la nature, trois modes d'existence, trois modalités de la matière : tamas (ténèbre), principe inférieur d'obscurité, d'inertie, de lourdeur, d'ignorance (surtout spirituelle), d'incapacité; rajas (rouge), principe de désir, action et passion; sattva (le fait d'être), principe supérieur d'équilibre, d'harmonie, de lumière, de sincérité, de pureté.

 

   

Le Yoga  ou le Samkhya Yoga est le point de vue psychologique où l'individu est lié à la perception et à l'intuition du monde subtil.  C'est  un système pratique de concentration et de contrôle du mental des sens et des facultés intérieures.   Ce système est à la fois l’écho du Védanta et du Samkhya.   Le point de vue du Yoga   se retrouve  dans les Yoga Sutra de Patanjali ainsi que  dans plusieurs traditions védiques astika  et même non  védiques nastika.

 

Le Yoga classique: Samkhya &  Yoga Sutra de Patanjali

Samkhya (date ???)

 

Le Samkhya est une des plus anciennes philosophie de l Inde. C'est un système   qui prétend guider les disciples vers la liberté à l'aide d'une méthode systématique. Le yoga ne se comprendrait pas si l'on négligeait  le Samkhya: dès l'époque de la Bhagavad Gita, quelques siècles avant notre ère, le Samkhya apparaissait comme une des théories ayant inspiré le yoga. Le Samkhya  est attribué selon la tradition au rishi  Kapila. Selon certains, Kapila aurait vécu en 550 avant l'ère courante. Rien n'indique toutefois qu'il soit un personnage historique. Ruzsa in 2006,[37] for example, writes, 'Sāṅkhya has a very long history. Its roots go deeper than textual traditions allow us to see. The ancient Buddhist Aśvaghoṣa (in his Buddha-Carita) describes Arāḍa Kālāma, the teacher of the young Buddha (ca. 420 B.C.E.) as following an archaic form of Sāṅkhya'.[37]  La Samkhyakarika   aurait été composée au IVe  ou Ve siècle de l'ère courante pres de mille ans après Kapila  par Isvarakrsna, codifie le samkhya.


Il s'agit d'un système philosophique dualiste et athée opposant Pakriti ( la nature, l'énergie, la matière) à  Purusha  (le soi, l'esprit, la conscience).  Pakriti  le principe féminin est une « pure lumière éternelle», pleine de félicité, dénuée de toute particularité, sans aucun attachement, totalement libre et indépendante. Purusha existe en nombre infini dans l'univers dilué et emprisonné dans  la matière.

 

L'union de Pakriti et de Purusha  assure l'existence du monde au sens de totalité des phénomènes. Dès que cette union est réalisée, Prakriti déploie les manifestations de sa puissance créatrice: le texte de base de ce darsana dit que Pakriti danse, cependant que le Purusha l'observe, impassible. On reconnaît là les thèmes majeurs du tantrisme, tels notamment qu'ils s'expriment dans le Hatha Yoga, avec  l'éveil et la montée de la puissance féminine résidant à l'intime de chaque être (kundalini) ainsi que son union avec l'esprit (atmapura).

 

Pour le samkhya le monde est donc réel (à la différence du Védanta), mais est en proie à l’ignorance spirituelle. Cette ignorance  est à l’origine de la souffrance, qu’elle soit physique, émotionnelle ou métaphysique  liée à la condition pénible et transitoire de notre être. Ceci se traduit dans la croyance  indienne par la perpétuation du cycle des réincarnations (samsara). La prise de conscience de cette insatisfaction permanente  où "tout est souffrance pour le sage"  conduit le jîva (le disciple)  à prendre du recul par rapport à l’ensemble de la création et à poursuivre une ascèse individuelle, dans le but de mettre fin aux réincarnations (karma) et d' atteindre l'universel  (nirvana). Tout le travail consiste  donc pour ce courant philosophique du samkhya  à dégager le Soi de l’emprise du non-Soi et à réaliser un état de libération totale appelé samâdhi (béatitude) ou moksha (libération). On retrouve là les thèmes du yoga défini comme chemin de libération individuel vers l'état d'unité  .

 

 Les yoga sutra  de Patenjali (IVe ou Ve)

 

La période classique est marquée par l'éclosion de la philosophe samkhya et  par la parution des Yoga-Sûtra de Patanjali. Les Yoga Sutra de Patanjali (10) compilées au IVe ou au Ve siècle  codifient une métaphysique dualiste  à la base du yoga de Pantajali.

 

Histoire du Yoga (suite)

Diverses méta-physiques  associées au yoga sont apparues en Inde dans cette seconde moitié du premier millénaire avant notre ère : le  Samkya (9)  puis le  Yoga  sont devenus deux des six darçanas. Les  darçanas  sont des points de vue philosophiques  dits astika de l'Inde ancienne.  On les nomme astika car ils se réclament de l'orthodoxie de la pensée indienne qui reconnait l'autorité des veda . Les Yoga Sutra de Patanjali (10) compilées au IVe ou au Ve siècle  de notre ère  élaborent une métaphysique dualiste classique à la base du Yoga de Pantajali aussi appelé ashtanga yoga un yoga savant, meditatif spiritualiste et elitiste.

 

L' Advaita Védenta théorisée par Sankara  au VIIIe siècle (11) s'est développée à partir du VIe jusqu 'au XIIe de notre ère. C'est une métaphysique non dualiste  mais orthoxe ( astika )  qui reconnait l'autorité des Veda. Le Sivaïsme,  puis le tantra,   puis les  Natha Yogi et le Hatha Yoga au moyen age développent des philosophies non dualistes qui échappent à l'orthodoxie et aux rigueurs de la tradition védique.

 

Le terme sanskrit asana utilisé dans le yoga contemporain pour désigner les postures de yoga a plusieurs sens selon le contexte:  il peut signifier l'action  de s'assoir, l'objet le  siège sur lequel on s'assoit  ou la position la posture.

 

Au  IVe ou Ve siècle dans les yoga sutra de Patanjali le terme asana désigne la position assise pour pratiquer la méditation .  Il en est de même dans la bhagavadgita  un texte un peu antérieur:   le dieu Krishna y enseine à Arujna  qu'il doit utiliser un asana  un siège ni trop haut ni trop bas recouvert d'un tissu, d'une peau d'antilope et d' herbe pour se concentrer pratiquer le retrait des sens et purifier son soi. (Seth Powell).

 

Au Ve siècle le Bhasya  commentaire sur les yoga sutra mentionne onze asana possibles et utilise le mot adi (etc.) sous entendant qu il existe d'autres postures connues  à cette époque.

 

Au  XIIe siecle, le dathatreya yoga shastra  décrit des  techniques yogiques: le  laya yoga, les mantras, les  mudras,  les bandhas et la méditation ( Marc Alain Descamps).

 

Avec le hatha yoga  du XIIe au XVe on passe progressivement de la description de positions assises pour la méditation  à des positions plus variées plus nombreuses plus complexes.

 

Sur la  Porte Mahudi à  Dabhoi au  Gujarat construite en XIIIe  on trouve une centaine de sculptures avec des yogi des yoginis dont certains dans des postures complexes. ( James Mallison  htps://www.academia.edu/video/jYv2X1). Ces representations de postures complexes  sont les plus anciennes que l' on connaisse. 

 

Dans  le Hatha Yoga Pradipika (XIVe, XVe)  une quinzaine de postures   sont documentées.

 

A partir du XVIe siècle de nouveaux asanas apparaissent et se retrouvent  dans les textes et sur des bas reliefs dans les temples.   Par exemple on peut identifier les postures matsyendra assana  et kukutasana  sur des bas relief du temple Vidya Shankara du XVIe siècle  à Shringeri Karnataka (voir les photos sur http://hyp.soas.ac.uk/shringeri/)

 

Au XVII et XVIII siècle, avant même la colonisation anglaise de l'Inde apparaissent des ouvrages qui décrivent des centaines de postures assises, debout, en équilibre ou même en mouvement. On y mentionne  des asana utilisant des cordes et autres appareils  ( Jason Bich )

 

C'est à cette époque que l'on voit l'évolution du yoga,  de la philosophie vers la pratique,  l' ouverture du yoga  au delà des  "renonciateurs"  vers  les  "pères de famille" et  parfois des  femmes yoginis.


L'intervention de Vivekananda (15) à Chicago en 1893 au Parlement des Religions,  puis l'ouverture de l' école de yoga de Krishnamacharya (16) en 1924 à Mysore  ont inauguré la phase d'implantation  et de développement du yoga,  essentiellement du Hatha Yoga,  en Occident.  Apres les orientalistes du  XIXe siècle,  des visiteurs occidentaux  se sont rendus en Inde  à partir du milieu du XXe siècle pour rendre visite à des gurus indiens.  A la même époque de grands yogi indiens, pour beaucoup élèves de Krishnamacharya,  sont venus s'installer en  Occident pour y fonder de écoles de yoga et y délivrer leur enseignement. Ces échanges ont  entrainé un développement rapide et considérable du yoga à partir de l'Occident dans la seconde moitie du XXe siècle.  Dès la fin du XXe siècle le yoga s'est mondialisé, diversifié, laïcisé et  féminisé. Il existe maintenant toute une palette  de yoga psychosomatiques, méditatifs et  posturaux (17) . Ces yogas contemporains sont pour la plupart des yogas posturaux (17)  héritiers du Hatha Yoga médiéval et d'autres apports dont ceux de l'ésotérisme (18) et de la gymnastique suédoise (19) .  Le yoga s'est ouvert aux femmes en 1940 avec Indra Devi (20) une des deux  femme élèves de Krishnamacharya avant de se féminiser dans la seconde moitie du XXe siècle.  Son développement très rapide en a fait un yoga de masse avec un large spectre de pratiques sous-tendues par des philosophies différentes, avec de multiples écoles et un grand nombre de professeurs de yoga professionnels.

 

Pratiqué par des centaines de millions de personnes le yoga est devenu au XXIe siècle un enjeu commercial,  social et géo-politique.  Touché par les  dérives du sectarisme, des abus de  pouvoir, de l'excès de mercantilisation  et de l'instrumentalisation politique, le yoga s'est révélé  comme un lien "gymnosophique" ( 22) transculturel une discipline mondiale aux multiples facettes qui oscille entre la recherche de racines lointaines supposées authentiques   et l' immersion dans le monde contemporain en tant que  bien commun de l'humanité (21).

notes references

(37) https://iep.utm.edu/sankhya/Ferenc Ruzsa , mail: ferenc.ruzsa@elte.hu Eötvös Loránd University Hungary 

(4) GJ Larson, RS Bhattacharya and K Potter (2014), The Encyclopedia of Indian Philosophies, Volume 4, Princeton University Press, ISBN 978-0691604411, pages 10-11

(5) Agamas https://www.universalis.fr/encyclopedie/agama/2-les-agama-shivaites/

Tantra, tantrisme

L'époque à laquelle le mot tantra a commencé à être utilisé est difficile à déterminer. Il n'est pas non plus possible de dater l'apparition des principes et des pratiques tantriques. Comme pour le yoga il existe  deux hypothèses relatives à l’apparition du tantra ; selon la première hypothèse le tantra  préexistait aux Védas dans la civilisation de l'Indus;  selon la seconde hypothèse la plus souvent retenue il serait un développement du Shivaïsme ou du Vishnouisme non-dualiste au début de notre ère.  Seuls quelques symboles qui pourraient etre tantriques que l'on trouve dans la civilisation de l'Indus vers le troisième millénaire avant notre ère ainsi que les références du Vijnana Bhairava Tantra  constituent des éléments en faveur de la première hypothèse.  Le mot  tantrisme  est un mot crée au XIXè siècle pour designer des principes des pratiques et des rites du tantra .

 

Selon ce qu'en rapporte la tradition bouddhique, il semblerait que le tantrisme ait été (re-)introduit au II eme  siècle par Nagarjuna et aux environs de l'an 400 par Asanga. Le Vajrayana  bouddhisme tantrique est apparu au IVième siècle. Le tantrisme shivaïte  s'est développé a partir du IV eme siècle en Inde au Cachemire autour du traité Vijnana Bhairava tantra  composé de 120 stances,  dont deux seulement  évoquent la sexualité.

 

C'est pendant la période du VIième au  XIIième siècle  que fleurit la littérature tantrique avec des tantra bouddhistes, jaïnistes et indouistes. À partir du VIe siècle, on rencontre des cultes tantriques dans les écoles shivaïtes, dans le bouddhisme mahâyâna pratiqué principalement en Chine, Corée, Japon et Viêt Nam et dans le bouddhisme vajrayāna pratiqué principalement au Tibet, en Mongolie et au Japon.  L'influence des tantra est également notable dans les cultures méditerranéennes d' Égypte et de Crête.

 

Avec le tantra la philosophie et la culture en Inde  se démocratisent et gagnent de larges masses. Le tantrisme influencera pendant plusieurs siècles la philosophie et les religions indiennes, y compris le jaïnisme qui était jusque là très indépendant. Le tantrisme  prendra une influence forte  sur les domaines  littéraires et artistiques dans le haut moyen age.

 

Le tantra propose la prise de conscience de notre unité fondamentale du corps et de l’esprit,  du masculin et du féminin, en relation avec l’univers, à tout instant et dans toutes les activités de la vie.  Dans le tantra, la femme et l’homme sont vus comme des expressions des énergies cosmiques, représentées par le dieu Shiva ou le principe masculin et la déesse Shakti ou le principe féminin. Pour le tantra la réalité est une et indivisible. Le tantra présente une synthèse de  l'esprit et du corps qui permet à l'être humain de réaliser pleinement ses potentialités.

 

Le tantra va ainsi substituer au yoga classique de l’ascétisme, un yoga de l'amour de la vie, un yoga du désir,  qui transgresse les règles brahmaniques de pureté, de non consommation d’alcool et de viande. Cette attitude anti-ascétique est liée à l'importance donnée au corps humain qui n'est pas dissocié de l'esprit.  Le tantra est unique en ce sens qu'il associe la jouissance bhoga  au yoga.

 

Le tantra n'est pas une voie mystique reposant sur une métaphysique c'est avant tout une voie pratique de réalisation  qui explique les moyens corrects et les voies pratiques, hors des contraintes morales et sociales.

 

Le Hatha Yoga reprendra la plupart des principes et bien des pratiques du tantra, bouleversant ainsi les anga de Patanjali et enrichissant de façon considérable les techniques notamment celles du pranayama, des asana, de la gestion de l'énergie avec l'éveil de la kundalini.

 

Protéiformes les pratiques modernes liées au Tantra ont en commun l'idée que les dualités qui sont en nous - féminin/masculin, spirituel/corporel, bon/mauvais, extérieur/intérieur  ne sont que les reflets d'une seule et même source. Aujourd'hui parmi les dizaines de traditions tantriques celle qui semble prendre le pas sur les autres en Occident est le le shivaïsme non dualiste du Cachemire. Ce tantrisme shivaïte  s'est développé a partir du IV eme siècle en Inde au Cachemire . C'est un courant mystique non religieux sans Dieu sans autorité suprême.  Il nous enseigne que le divin est en toute chose et partout.  Autrement dit toutes les expériences peuvent être traversées, il n'y a aucun interdit dans la mesure ou tout est de nature divine. " Le point de départ de l'expérience de la non dualité n'est pas le rejet du corps mais au contraire sa dilation jusqu'à ne faire qu'un avec le ciel de la conscience" écrit le philosophe David Dubois dans son ouvrage Introduction au tantra  (Almora 2014).

Origines  (Ve) développement (Ve-XIIe) et etablisment du Hatha Yoga   (XVe)

Origines pre-tantriques tantriques shivaïtes

 

Le Hatha Yoga  tire ses idées et ses pratiques du tantra notamment boudhique et du shivaïsme tout en reprenant quelques elements antérieurs en germe dans les Upanisad.  Il se cracterise avant tout par l'importance du pranayama (exercices de respiration et travail de l'énergie),  l'apparition puis la multiplication des postures (asana)  et des  dix mudra qui definissent le hatha yoga depuis le dattatreyayogasastra.

 

Le mot hatha signifie  force violence; il est souvent utilisé comme adverbe pour signifier "violemment",  "en force" ou "soudainement" . Dans le composé hathayoga   le terme de force peut donc qualifier les effets de la pratique ou l'effort qu elle necessite.   Les descriptions de la puissance des techniques notamment celles de  montée de l' energie kundalini  ou du sperme bindu  suggerent que le terme de force s'applique plus aux effets et aux pouvoirs des techniques du hatha yoga qu'aux efforts necessaires pour le pratiquer. Une interpretation plus metaphysique hatha yoga signifierait l'union du soleil (ha) et de la lune (tha).

 

La montée  du  Hatha Yoga  serait advenue à la fin de la seconde phase de developpment du yoga entre le Ve et le XIIe siècle (Birch) notamment  Cette seconde phase  aurait ses origines dans les traditions pré-tantrique independamment de la tradition de Patanjali : par exemple le sandapurana  népalais du VIe ou VIIe siècle( source Sanderson 2009) décrit le prasupata yoga un yoga avec six composants (anga)  avec plusieurs postures  ( svatiska , padmaka, bhadra, simha et kacchapa ), avec un pranayama à quatretemps,  etc. (Birch)

 

natha yogi

 Durant cette phase   probablement dès le Ve siècle les natha yogi    developpent des techniques de yoga . Des techniques de yoga  s'introduisent dans les tantra  Indou et Bouddhique. D' un point de vue philosophique,  les Natha-yogin sont certes  héritiers de la tradition  yogique commune à l' Inde entière en ce sens qu'ils reconnaissent  Isvara. Dans cette tradition commune  Isvara n'est pas envisagé comme un dieu créateur mais comme un purusua  c'est a dire  un esprit pur  permanent libre et immuable  au contraire de pakriti la nature changeante et impermanente qui maintient l'homme dans  la souffrance de la temporalité de l'expérience psycho-physique et pour les Indiens du cycle des réincarnations.  Cet héritage classique a été balayé par l'héritage shivaïte des Natha-Yogin . Leur divinité Adinatha ne portait plus le nom d' Isvara mais de Shiva . Ils ont adopté  la doctrine moniste de Shiva Shakti ainsi que  les symboles et les rituels shivaites ( trident, chapelets en grains, trois marque de cendres sur le front , yonilingua sur l'avant bras, l'anneau symbolisant l' union Shiva Shakti, les grandes boucles d'oreiles, etc..) 

 

Aux XIIe siècle dans certains textes on trouve  quatre  types de yoga : mantra yoga, laya yoga, raja yoga et hatha yoga qui ont fini au XVe siècle par se faire absorber dans le Hatha Yoga  ( Birch).

 

Aux XII e siècle apparaissent des textes qui etablissent des pratiquesde yoga,  avec une metaphysique ultra simplifiée.  Le Hatha Yoga (yoga de la force, yoga de l’énergie) introduit enrichit et développe considérablement les  aspects pratiques du yoga classique.

Il a  démocratisé le yoga en le sortant de la domination des brahmanes, donnant naissance à un yoga qui n'est plus réservé ni aux castes supérieures ni aux moines ni aux ascètes  mais s'ouvre à tous. C'est  le yoga de "l'homme de la rue", "des pères de famille",  de l'être humain présent et actif dans la société dans le monde.

 

 

 Les principaux traités de Hatha yoga s'appuient sur deux œuvres que la tradition attribue au guru Goraksanatha: la Goraksa-sataka et le Hatha-yoga (ce texte est perdu de nos jours) qui dateraient du Xième siècle.  Goraksanatha est considéré comme l'un des principaux fondateurs de la secte hindoue des Natha Yogin qui a popularisé à travers tout le continent indien les principes et méthodes yogiques et en particulier cette forme de yoga nommée Hatha Yoga (yoga de la force, yoga de l’énergie)  une voie rapide et violente vers la libération. 

 

hathayogapradipika de svatmarama

 

Le Hatha Yoga s'est développé dans la seconde moitié du XXe siècle essentiellement à partir de l'école de Hatha Yoga de Krishnamacharia crée à Mysore en 1924. C'est le Hatha Yoga qui ouvre le yoga  aux femmes  en 1940 avec Indra Devi  seule élève femme de Krishnamacharia. C'est le Hatha  Yoga qui  a relancé l'importance de l’ asana.  C’est le Hatha  Yoga qui est devenu populaire dans le monde entier et de façon massive en Occident au XX ième siècle, donnant naissance à la palette des yoga modernes. 

le Yoga en Occident

Les traditions Indiennes sont depuis longtemps connues et importées en Occident . Quatre mille ans avant notre ère Dionysos le Dieu de Nysa va en Inde et en ramène des traditions telles que les transes, les kirtans, le vin, les thyrses ( Caducée ). En 326 avant notre ère, Alexandre le Grand va en Inde, y rencontre des yogis qu’il nomme gymnosophes  (sages nus). A Alexandrie d'où partaient des bateaux pour les Indes, Pantène, Clément, Origène parlent avec révérence de la philosophie des Brahmanes de l’Inde. Porphyre raconte le départ du philosophe Plotin pour les Indes.  Lucien, Apulée, Tertulien, Jamblique et surtout le gnostique Bardesane parlent des yogi. Al Birûni, mort en 1048, a traduit en arabe les Yoga-Sutra de Patanjali et écrit que "Yoga et Soufisme sont la même chose". A partir de là les Soufis de Perse comme Bistâmi ou Al Ghazali, connaissent les yogi et les chakra.

 

Le yoga s' est fait connaitre en Occident moderne avec les traducteurs de Langues Orientales. C'est en 1893 que le yoga fait une entrée remarquée dans le monde occidental  au Parlement de Religions de Chicago avec la participation de Swami Vivekananda Le livre de Swami Vivekananda sur le Raja Yoga traite de la voie de la concentration intérieure et associe pour la première fois le terme Raja Yoga au Yoga classique de Patanjali  auquel il rajoute les techniques de Hatha Yoga  telles que l’éveil de la kundalini  (l'énergie psychique potentielle) et l'utilisation du prana ( l'énergie, le souffle).

Des voyageurs occidentaux partis étudier en Inde et plus récemment des yogi indiens dont les élèves de Krishnamacharya venus enseigner le yoga en Occident souvent à l'invitation de voyageurs occidentaux contribuent au developpement de masse du yooga en Occident.

 

(*) Source    Marc Alain Descamps    " Histoire du Yoga en Occident "

 

Le développement du yoga moderne en Occident

C 'est Sri Tirumalai Krishnamacharya  (1888 – 1989) qui est le père du renouveau du yoga. Il est à l'origine du Hatha Yoga moderne et de ses dérivés contemporain. Krishnamacharya est indien, professeur de yoga, médecin ayurvédique et universitaire. Krishnamacharya qui a passé sept ans chez  son guru Rama Mohana Brahmachari jusqu'en 1918 date à laquelle il est rentré à Mysore.  Brahmachari enseignait le yoga et vivait avec sa femme et ses trois enfants dans une grotte dans l'Himalaya près de Manasa Sarovar au Tibet. Il enseignait plus de trois mille postures à ses élèves . Krishnamacharya ouvre son école de yoga à Mysore en 1924 et devient le professeur de yoga du Maharaja de Mysore entre 1928 et 1950. 

 

D'après la biographie de Krishnammacharya "Krishnamacharya the Purnacharya" c 'est Brahmachari qui aurait transmis le Yoga Kurunta  à  Krishnamacharya.  Krishnamacharya  a fondé partie de son enseignement sur le Yoga Kurunta un texte ancien aujourdhui disparu. Ce texte poétique avec des ryhmes et des versets s'est probablement transmis de façon orale. Ce texte aurait pu être écrit par un ancien voyant nommé Vamana.  Selon cette biographie le Yoga Korunta ne contenait pas seulement le système de pratique du Yoga  Vinyasa mais également les Yoga Sutra de Patanjali et leur commentaire le Yoga Bhashya  rédigé par le Rishi Vyasa.  Krishnamacharya aurait aussi fondé son enseignement sur un manuel du XIX ième siècle le Sritattvanidhi dont la paternité est attribuée à un ancêtre du Mahâraja et il aurait aussi intégré à son enseignement des  éléments de gymnastique occidentale moderne.

 

Krishnamacharya compte parmi ses élèves les yogi les plus influents du XXième siècle. Son fils T.K.V. Desikachar né en 1938 est à l'origine du Viniyoga.  Son beau-frère B.K.S. Iyengar  ( 1918-2014 ) est l'auteur de multiples ouvrages dont l'ouvrage de référence "Lumière sur le yoga" et il est le  créateur du Yoga Iyengar.  Parmi les élèves de Krishnamacharya il faut aussi citer Indra Devi ( 1900-2002 ) seule élève femme de Krishnamacharia ,   A. G. Mohan né en 1945 et  Sri K. Pattabhi Jois  ( 1915 –  2009) à l'origine du Yoga Ashtânga

 

Depuis la fin du XXe  siècles le  yoga  moderne intègre peu à peu des idées  scientifiques notamment sur la santé et sur le psychisme. Les effets du yoga commencent aujourd'hui à être validés par la connaissance moderne et le yoga s'adapte à la culture occidentale. L'approche moderne du yoga est rationnelle raisonnable et laïque. Ainsi par exemple, en établissant des liens entre les concepts traditionnels du yoga et leurs origines anatomiques, Leslie Kaminoff  a pu valider bien des traditions mais aussi mettre en lumière certaines erreurs et certains mythes qui perduraient.

 

Depuis la fin du XXe siècle on assiste à une revitalisation considérable de la pratique du yoga essentiellement à partir de l'occident, à sa mondialisation, à la modernisation de ses pratiques et de sa diffusion, à sa féminisation. Son développement très rapide en a fait en ocident un yoga de masse en occident.

 

Pratiqué par des centaines de millions de personnes le yoga est devenu un réel enjeu sanitaire, social, économique et politique. "Depuis 2014 profitant du succès mondial du yoga, le gouvernement Indien a fait de ce dernier le fer de lance de son Soft Power sur la scène internationale : création d'un ministère du Yoga , résolution de l'ONU établissant une journée mondiale du Yoga et reconnaissance du Yoga comme patrimoine national de l'humanité par l' UNESCO" explique  le journaliste Raphael Voix.

Le yoga de masse

Depuis la fin du XX ième siècle, le yoga postural moderne héritier du Hatha Yoga s'affirme aujourd'hui comme une puissante technique de thérapie et de développement individuel, à la portée de tous.

 

Des millions d'indiens, environ 40 millions d'Américains et prés de 3  millions de personnes en France sont des adeptes du yoga. Le yoga se répand rapidement à partir de l'Occident y compris depuis peu dans le cadre d'entreprises, de collectivités et de clubs de sport.

 

Le marché mondial du yoga représentait 80 milliards de dollars en 2015. Il y a aujourd’hui différentes approches du yoga: l'une sera purement gymnique, une autre sera fondée sur un objectif de santé ou une thérapie, une autre cherchera la connaissance et le développement des énergies personnelles, une autre visera la maîtrise du psychisme.

Il existe aussi des dérives du yoga notamment  vers la compétition gymnique, vers des sectes, vers le mercantilisme, vers le nationalisme.