Patanjali Yoga-Sutra

Manuscrit historique des commentaires  Bhasya Yoga-Sutra

Quelques pages d'un manuscrit historique des Commentaires des Yoga-Sutra ( Bhasya Yoga-Sutra ) en sanskrit devanagari. Les sutra sont inclus à l'intérieur des commentaires et mis en evidence par des encadrements bleus . Source Wikipedia yoga sutra
Quelques pages d'un manuscrit historique des Commentaires des Yoga-Sutra ( Bhasya Yoga-Sutra ) en sanskrit devanagari. Les sutra sont inclus à l'intérieur des commentaires et mis en evidence par des encadrements bleus . Source Wikipedia yoga sutra

Un traité philosophique indien du Ve siècle devenu icône mondial du yoga au XXe

Les Yoga Sutra de Patanjali constituent un traité de philosophie soustendant les techniques de meditation du yoga. elles sont à la base du Yoga de Patanjali (patanjala yoga) aussi nommé  ashtanga yoga de Patanjali.

 

Ce texte fait partie d'un recueil plus large PatanjalaYogaSastra ( Traité de Yoga de Patanjali ) datant du IVe ou Ve siècle , qui associe le commentaire ( bhashya ) attribué à  Vyasa, aux  yoga sutra .  La thèse la plus répandue est que le texte des yoga sutra aurait un seul auteur nommé Patanjali souvent confondu avec le Pantajali grammairien du deuxième siècle avant l’ère courante ou avec l'auteur du traité de médecine ayurvédique Caraka Samhita (1).

 

Les yoga sutra de Patanjali marquent la fin de la première phase de développement du yoga débutée au IVe Ve VIe siècle avant notre ère.  Elles codifient la philosophie du yoga de l'Inde classique du IVe Ve siècle, en réalisant une synthèse des diverses théories d'alors sur la pratique intérieure.

 

Les yoga sutra constituent la base du système philosophique appelé "Yoga ". (2) . Ce système est devenu l'un des six points de vue  orthodoxe ( darsana ) de l' Inde  et reste une référence majeure dans l’histoire des idées de l'Inde.  Ce texte ne constitue  pas pour autant la référence doctrinale des différents yogas. Les premiers textes  du Hatha Yoga à l'origine des yoga contemporains   semblent par exemple  l' ignorer complètement (1)

 

Les yoga sutra constituent  un recueil de 195 aphorismes comprenant 1161 mots. Le mot sutra désigne le fil du collier suggérant que les 195 aphorismes du traité en seraient les perles. Il est composé de phrases brèves, laconiques,  destinées à être facilement mémorisées. Les aphorismes sont souvent sans verbe et nécessitent des commentaires pour être intelligibles. Ce traité est un texte écrit en sanscrit, une langue qui ouvre un large éventail de sens pour chaque mot. Les yoga sutra constituent donc un texte ouvert: chaque traduction, chaque commentaire des Yoga Sutra est une vision parmi d'autres, fruit d'une expérience personnelle du yoga et d'idées extérieures , ce qui permet à chacun d'articuler ses idées  à la lignée de transmission du yoga. 

 

Le yoga de Patanjali  est un yoga savant, méditatif, spiritualiste, élitiste. Les yoga sutra proposent une voie ardue vers la réalisation destinée à des êtres spirituellement prédisposés. Vivekananda reviendra mille cinq cent ans plus tard sur cette idée de prédisposition qu il comparera  à la  grâce divine de la chrétienté  .

 

Le texte des sutra est  un traité  psycho-philosophique qui analyse des conditions d'asservissement de l'être humain , et propose des méthodes psychotechniques de déconditionnement pour aller vers la libération kayvalya.

 

L' approche de Patanjali est très psychologique. Il indique que le karma est défini par les désirs profonds les marques les cicatrices. Il propose de travailler les émotion par la conscience la connaissance "vraie" basée sur un point de vue supérieur celui du soi profond qui se place en spectateur. Le but du yoga c'est la libération kayvalya . L',engagement dans ce travail de libération dépend d'une décision personnelle celle de se sortir des influences extérieures de se détacher.

 

Les yoga sutra  décrivent  différents  samadhi  états d' extase par auto transcendance (4) .  Les yoga sutra traitent aussi des  siddhi  (pouvoirs supranormaux) auxquels il faut renoncer pour atteindre la véritable libération  kayvalya

 

Les yoga sutra n'abordent pas les  postures. Le terme sanskrit asana utilisé dans le yoga contemporain pour désigner les postures a plusieurs sens:  il peut signifier l'action  de s'assoir, le  siège sur lequel on s'assoit  ou la position, la posture.  Dans les yoga sutra  le terme asana désigne probablement la position assise pour pratiquer la méditation et le samadhi (X) . Dans la bhagavadgita  un texte sanskrit un peu antérieur asana désigne aussi le siège:  le dieu Krishna y enseigne à Arujna  qu'il doit utiliser un asana  un siège ni trop haut ni trop bas recouvert d'un tissu, d'une peau d'antilope et d' herbe pour se concentrer pratiquer le retrait des sens et purifier son soi.

 

La philosophie  des yoga sutra de Patanjali est clairement dualiste  ce qui est une exception par rapport aux autres philosophies du yoga qui sont toutes monistes y compris le samkya.

 

Quinze siècles après la parution des yoga sutra Vivekananda et Krishnamacharya  ont donné aux yoga sutra  l'interprétation pratique à laquelle se réfère beaucoup d'écoles de yoga contemporaines.  C'est d’abord Vivekananda qui donne une dimension pratique aux yoga sutra  qu'il associe au Raja Yoga offrant aux yoga sutra un succès international (2).  Cette dimension pratique est reprise par Krishnamacharya le père du renouveau du Yoga au XXe siècle,  qui  associe les yoga sutra au Hatha Yoga. Le terme d' "ashtanga yoga" utilisé par Patanjali dans les sutra sera même repris par  l'élève de Krishnamacharya Pattabhi Joïs qui créera l'ashtanga vinyasa yoga  connu maintenant sous le nom de Yoga Ashtanga  et à l'origine de plusieurs yoga posturaux dynamiques contemporains  Yoga Flow,  Yoga Vinyasa, Hatha Flow, etc. . 

 

Ce sont les orientalistes du XIXe siècle et les indépendantistes indiens qui attribuent aux  yoga sutra de Patanjali  le statut de texte fondateur du yoga ( source Mark Singleton 2008) . En réalité  les  textes sanskrit  postérieurs ne lui conférent pas une telle importance. Les traités de Hatha Yoga l'ignorent carrément. 

 

Au XXe siècle les élèves de Krishnamacharya  B.K.S.  Iyengar, Pattabhi Joïs, T.K.V. Desikachar, Sri T.K. Sribhashyam, A.G. Mohan, Indra Devi et Srivatsa Ramaswami  fondent des  écoles de yoga qui propagent et amplifient la renommée de ce texte.  C'est avec ces écoles contemporaines en pleine expansion mondiale que les commentaires sur les yoga sutra sortent du cercle des orientalistes et se multiplient dans beaucoup de langues. Ce texte demeure aujourd’hui une référence sur l'esprit du yoga mais c'est une référence  plus iconique que pratique ou doctrinale.

Le traité des Yoga Sutras

Les Yoga Sutra partent de l'analyse des conditions d'asservissement, pour aller jusqu'aux méthodes psychotechniques de déconditionnement. Le déconditionnement se fait en trois étapes: détachement, cessation des activités du mental et contentement.

 

Les Yoga Sutra de Patanjali comportent quatre chapitres ( pada ) : le samadhi pada, le sadhana pada, le vibhuti pada, et le kaivalya pada.

 

Samâdhi Pada le premier chapitre commence avec une définition du yoga selon laquelle le yoga consiste à se déconditionner à se libérer des automatismes de comportement et de pensée. Ce cheminement passe par  différents niveaux de  samadhi.  Le mot samadhi  désigne un état d’extase par auto-transcendance.  Cette transcendance du soi signifie s’élever au-dessus de soi,  aller au-delà de sa propre identité (5).  Ce chapitre mentionne des moyens pour y parvenir: la pratique, l'action juste, la foi, l'énergie, l'étude, la connaissance intuitive. Il traite aussi des obstacles: la maladie, l’abattement, le doute, le déséquilibre mental, la paresse, l’intempérance, l’erreur de jugement, l'échec, le fait de ne pas réaliser ce qu’on a projeté ou de changer trop souvent de projet. Ce chapitre aborde ensuite différents états d'extase samadhi.

  • Dans le premier stade le samadhi samprajnata l'esprit ne se disperse plus, il est en harmonie avec l'objet sur lequel il se concentre, mais l'ego est toujours là qui pense et qui ressent.
  • Le deuxième stade est le samadhi asamprajnata un état de pure conscience qui s'établit sans objet mais qui n'est que passager car la mémoire et les traces du passé qu'elles fassent partie de son histoire de son inconscient propre ou de l'inconscient collectif, sont toujours là capables de déstabiliser la conscience.
  •  Dans le troisième stade le nirbija samadhi les pensées automatiques sont calmées et les imprégnations qui créent les forces de l'habitude sont supprimées. A ce stade le mental  lâche ce qui l'encombre; il ne fait plus obstacle entre la réalité et notre conscience profonde qui est la véritable source de perception.

 Le second chapitre Sadhana Pada parle de la stratégie (sadhana) et des moyens pratiques pour permettre et favoriser ce processus de transformation d'état de conscience. Ce chapitre mentionne d'abord cinq causes de la souffrance humaine: l'aveuglement, le sentiment de l'ego, le désir de prendre, le refus d'accepter, l'attachement à la vie. Il explique qu'à la source de la souffrance se trouve la confusion entre ce qui perçoit en nous et ce qui est perçu. C'est dans ce chapitre que sont exposées les techniques pour acquérir et développer la faculté de discrimination permettant de mettre fin à  cette confusion. Ce sont les fameux huit (ashta) anga (parties, étapes, composants, membres) du yoga.

1- Les Yama comprennent cinq règles de vie concernant la relation aux autres, cinq commandements moraux pour faire cesser les fluctuations de la conscience pour calmer nos pensées hystériques. Ces cinq règles sont les suivantes:

o Ahimsa la non-violence en tant que refus de faire violence au réel à ce qui est.

 o Satya la vérité, l’authenticité.

 o Asteya le fait de ne pas voler, le désintéressement: c'est refuser de s'approprier ce que l'on ne peut pas posséder, les idées d'autrui, les idées générales; c’est avoir la grâce de ne pas vouloir ce pour quoi nous ne sommes pas encore prêt.

 o Brahmacharya la modération, le self-control: il s'agit de canaliser notre énergie nos pulsions en les ramenant à ce que l’on est, à ce que l'on veut, en évitant de se dépenser inutilement en papillonnant

 o Aparigraha le non attachement. C'est le détachement à l'égard de nos pensées, de nos émotions, qui nous conditionnent. C'est savoir les lâcher après les avoir acquises comme dans le mouvement de la respiration.

2- Les Niyama comprennent cinq règles de vie dans la relation à soi, cinq règles pour grandir :

 o Schaucha la propreté, l’honnêteté: être clair dans ses pensées, ses sentiments et ses actes

 o Santocha le contentement: être en paix avec ce que l'on vit sans désirer plus ou autre chose

 o Tapas pratiquer avec ardeur, persévérance

 o Svadhyaya apprendre à se connaitre et à agir

 o Isvara Pranidhana lâcher prise dans une attitude d’ouverture à la vie et aux autres, agir dans le mouvement de la vie. Accepter ses limites à un moment donné dans une situation donnée.

3-Asana désigne initialement la position assise pour la méditation, puis  les postures et plus généralement la science des gestes du corps
 4-Pranayama désigne la pratique de la respiration et de l'apnée
 5-Pratyahara regroupe l'écoute intérieure et le retrait des sens : il s'agit de maitrise des sens, de détachement de l'esprit et de prise de distance avec les affects.
 6-Dharana la concentration: c'est l'action de porter et de maintenir son attention de façon volontaire vers un espace déterminé
 7-Dhyana la méditation: c'est le maintien de l'attention pour résorber les fluctuations de l'esprit, en pleine  présence, en pleine conscience, de façon bienveillante, vers la sagesse éveillée et intuitive
 8-Samadhi désigne les états d'extase : dispersion, pensées automatiques et imprégnations disp par auto transcendance araissent et libèrent la conscience 

 

Vibuthi Pada le troisième chapitre  décrit  ce dont on devient capable (Vibhu signifie  être capable ) grâce à un mental déconditionné: les nouveaux états de conscience, les nouvelles capacités, les nouveaux pouvoirs (siddhi ) sont une conséquence  de la pratique du yoga . Mais les pouvoirs constituent eux mêmes une source d'attachement. Il faut donc  savoir les abandonner  pour trouver le détachement complet.

 

Dans le quatrième chapitre Kaivalya  Pada  Patanjali revient sur la nécessité d'abandonner les pouvoirs. Cet abandon est  nécessaire car il faut un désintéressement total même dans la méditation à son plus haut niveau pour se délivrer des souffrances de la condition humaine et du karma, pour devenir Conscience totale c'est à dire atteindre Kaivalya la suprême liberté.  Patanjali affirme ainsi sa philosophie dualiste où  l'objet du yoga revient à soustraire l'Esprit le Soi  (Purusha  ) à son engagement dans les manifestations de  la Nature de l'Univers (  Prakriti  ) (4).

 

 

Références

 

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Yoga_s%C5%ABtra

 

(1)  Question autour du Yoga-Sutra. Raphael Voix. Article Yoga Journal France N°9 .  https://www.yogajournalfrance.fr/questions-autour-du-yoga-sutra/. Raphaël Voix est ethnologue, docteur de l’université Paris-X titulaire d’un diplôme de bengali à l’Inalco , chargé de recherche au CNRS . Il enseigne à l’EHESS, il est membre du comité éditorial de la revue SAMAJ et du groupe de recherche sur le yoga moderne.

 

(2)   Rajayoga ou la conquète de la nature intérieure. Vivekananda 1896

 

(3)  Yoga-sutra Patanjali .  Albin Michel 1991 traduction du sanskrit et commentaires par Fançoise Mazet

 

(3)  Psychotherapie Vigilance:  http://www.psyvig.com/lexique.php?menu=4&car_dico=E&id_dico=175: Mircea Eliade,  suggère le terme "enstase"  qui désigne « l'expérience de mystique naturelle », par opposition au terme extase, expérience de mystique surnaturelle.

 

 (4) The Deeper Dimension of Yoga Georg Feuerstein. Shambhala Publications Boston & London 2003

 

 

Les six poisons

 "Six poisons encerclent le cœur "et" en éliminant ces poisons par la force de la pratique du yoga, la lumière intérieure peut briller."  Ces six poisons sont:

  • krodha: la colère
  • moha: l'illusion
  • lobha: l'avidité
  • matsarya: l'envie
  • mada: la paresse
  • kama: le désir